En bref : La délivrabilité de vos campagnes emailing dépend en grande partie de vos propres pratiques, pas uniquement de votre routeur. Authentification obligatoire, gestion rigoureuse de votre base, taux de plainte sous contrôle et réputation de domaine sont les piliers d’un aboutissement optimal en boîte de réception. Voici ce qui a changé et ce que vous devez mettre en place.

La délivrabilité n’est pas qu’une affaire de routeur

Trop d’annonceurs considèrent encore que la délivrabilité relève principalement du prestataire technique. C’est une erreur. Chez Ediware, nous l’observons depuis plus de vingt ans : l’aboutissement des messages en boîte de réception dépend d’un ensemble de facteurs, et la majorité d’entre eux sont entre vos mains.

Selon le rapport Unspam 2025, le taux de délivrabilité moyen en Europe plafonne à 80,2%. Près d’un email sur cinq n’atteint pas la boîte de réception de son destinataire. D’après Mailreach, 36% des emails envoyés dans le monde sont filtrés comme spam. Ces chiffres ne concernent pas que les expéditeurs négligents. Ils touchent aussi des entreprises qui pensaient avoir tout bien configuré.

La délivrabilité est la résultante de plusieurs paramètres : la qualité de votre base de contacts, la pertinence de vos contenus, la fréquence de vos envois, votre réputation d’expéditeur et la configuration technique de votre plateforme. Ignorer l’un de ces éléments, c’est fragiliser l’ensemble.

SPF, DKIM, DMARC : l’authentification est devenue obligatoire

En février 2024, Google et Yahoo ont imposé de nouvelles règles aux expéditeurs envoyant plus de 5 000 emails par jour. SPF, DKIM et DMARC sont devenus obligatoires. Microsoft a emboîté le pas en mai 2025 avec des exigences similaires. Les emails non conformes sont désormais rejetés ou redirigés vers le dossier spam, sans avertissement.

Pour résumer simplement : SPF vérifie que le serveur qui envoie l’email est autorisé à le faire pour votre domaine. DKIM ajoute une signature cryptographique qui garantit que le message n’a pas été altéré en transit. DMARC assemble les deux en indiquant aux fournisseurs de messagerie quoi faire si l’authentification échoue.

Malgré ces exigences, l’adoption reste insuffisante. Selon le rapport EasyDMARC 2025, seuls 47,7% des domaines principaux ont implémenté DMARC dans le monde. En France, c’est pire : 32% des cent premiers retailers français sont protégés, d’après dmarcian. Si vous n’avez pas encore configuré ces protocoles, c’est le premier chantier à ouvrir. Pour approfondir, consultez notre guide sur la délivrabilité en emailing B2B.

Une base propre vaut mieux qu’une base volumineuse

La qualité de votre base de contacts conditionne directement vos résultats. Un taux de bounce supérieur à 2% constitue un signal d’alerte. Au-delà de 5%, les fournisseurs d’accès considèrent que votre liste contient des adresses obsolètes et votre réputation d’expéditeur en pâtit mécaniquement.

Quelques principes que nous rappelons régulièrement à nos clients : traitez les hard bounces immédiatement en supprimant les adresses invalides dès le premier échec. Gérez les désabonnements en temps réel. Nettoyez les adresses inactives depuis plus de six mois. Et vérifiez la validité de vos contacts avant chaque campagne importante, via un service de validation d’emails.

Un piège moins connu : les spam traps. Ce sont des adresses email créées spécifiquement par les FAI ou les organismes antispam pour détecter les expéditeurs qui utilisent des listes non consenties. Si vous envoyez un message à une de ces adresses, votre réputation chute brutalement. La meilleure protection reste de ne jamais acheter ou échanger de bases, et de nettoyer régulièrement vos listes.

Le double opt-in reste la méthode la plus fiable pour constituer une base saine. L’internaute confirme son inscription par un clic dans un email de vérification. Pas de case pré-cochée, pas d’inscription forcée. C’est une exigence à la fois réglementaire et technique, parce qu’une base collectée proprement génère moins de plaintes et moins de bounces. Cela tient à un principe simple : quelqu’un qui a confirmé vouloir recevoir vos messages a très peu de raisons de s’en plaindre.

Le taux de plainte, le signal que vos FAI surveillent de très près

Google et Yahoo ont fixé un seuil clair : votre taux de plainte spam ne doit pas dépasser 0,3%. En pratique, il vaut mieux viser sous 0,1% pour maintenir une bonne réputation. Pour rappel, une plainte se produit quand un destinataire clique sur « Signaler comme spam » dans sa messagerie. Chacune de ces actions pèse lourd dans le calcul de votre score d’expéditeur.

Selon Mailmend, le taux moyen de plaintes spam a doublé en 2024. Cette hausse s’explique en partie par les nouvelles fonctionnalités des messageries qui rendent le signalement plus accessible. Gmail affiche désormais un bouton de désabonnement bien visible à côté du nom de l’expéditeur. Si vos destinataires préfèrent cliquer sur « spam » plutôt que sur ce bouton, c’est mauvais signe.

Depuis juin 2024, le désabonnement en un clic est d’ailleurs devenu obligatoire pour les expéditeurs en masse. Ce mécanisme technique, basé sur la norme RFC 8058, permet au destinataire de se désinscrire sans quitter sa messagerie. Facilitez ce processus au maximum. Un désabonnement vaut toujours mieux qu’une plainte spam.

La fréquence d’envoi joue aussi un rôle déterminant. Bombarder vos contacts de messages quotidiens quand ils s’attendaient à une newsletter mensuelle provoque inévitablement des plaintes. Respectez la pression commerciale annoncée lors de l’inscription. Et si vous segmentez votre base par niveau d’engagement, vous pourrez adapter la cadence à chaque profil : les contacts très actifs tolèrent davantage de sollicitations que ceux qui ouvrent un email sur dix.

Réputation de domaine : le critère qui a pris le dessus

Pendant longtemps, la réputation d’un expéditeur se mesurait principalement à son adresse IP. En 2026, ce sont les signaux liés au domaine qui dominent. Gmail et les principaux fournisseurs évaluent la réputation de votre domaine d’envoi en priorité, parce qu’un domaine est plus difficile à changer qu’une IP et reflète davantage l’identité réelle de l’expéditeur.

Cette évolution explique aussi pourquoi le warm-up est devenu incontournable. Si vous lancez un nouveau domaine d’envoi ou si vous reprenez une activité emailing après une longue pause, il faut monter en volume progressivement sur quatre à huit semaines. Commencer par vos contacts les plus engagés, ceux qui ouvrent et cliquent systématiquement, puis élargir graduellement. Envoyer un volume massif dès le premier jour avec un domaine sans historique, c’est le meilleur moyen de finir directement en spam.

Ce basculement a des implications concrètes. Si vous changez de prestataire d’envoi, votre réputation de domaine vous suit. C’est un avantage quand elle est bonne, un handicap quand elle est dégradée. D’où l’intérêt de disposer d’une plateforme emailing correctement configurée et de surveiller vos indicateurs en continu.

Côté outils, Google Postmaster Tools vous donne accès aux données de réputation de votre domaine chez Gmail. Sender Score de Validity évalue votre réputation IP sur une échelle de 0 à 100. Microsoft SNDS couvre l’écosystème Outlook. Utiliser ces trois outils ensemble donne une vision complète de votre situation. De notre côté, en tant que routeur, notre rôle consiste à maintenir des accords avec les principaux FAI, à configurer l’infrastructure technique de manière optimale et à vous alerter dès qu’un indicateur dérape.

Le contenu de votre email passe aussi au crible

Les filtres antispam ne se contentent plus de chercher des mots-clés suspects dans vos messages. Google SpamBrain, alimenté par le machine learning, bloque chaque jour 100 millions de spams supplémentaires grâce à une analyse comportementale et contextuelle. Le filtre RETVec va encore plus loin en détectant les textes volontairement mal orthographiés pour contourner les filtres classiques.

Sur le plan technique, les bonnes pratiques restent les mêmes qu’il y a dix ans, mais elles sont devenues non négociables. Un code HTML propre, sans balises inutiles ni styles importés de Word. Un ratio d’environ 60% de texte pour 40% d’images. Un poids total du message qui ne dépasse pas 100 à 150 KB. Et surtout, pas de message constitué uniquement d’une image. C’est un classique qui déclenche quasi systématiquement les filtres.

L’objet du message mérite aussi une attention particulière. Bannissez les signes de ponctuation excessifs, les majuscules abusives et les formulations trop agressives commercialement. Un objet clair et descriptif, qui donne envie d’ouvrir sans promettre la lune, passera mieux les filtres et obtiendra un meilleur taux d’ouverture. L’adresse d’expéditeur doit être tout aussi limpide : un nom reconnaissable, un domaine cohérent avec votre marque.

La pertinence du contenu entre aussi en ligne de compte. Un email envoyé à des destinataires qui n’ont rien demandé, sur un sujet qui ne les concerne pas, générera des comportements négatifs : pas d’ouverture, pas de clic, voire une plainte. Les fournisseurs de messagerie mesurent ces signaux d’engagement et ajustent leur filtrage en conséquence. Privilégier une communication ciblée à une communication de masse, c’est le conseil le plus ancien du métier. Et probablement le plus rentable.