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Conseils Emailing Pro : Optimisez vos Campagnes B2B

Quand envoyer vos emails B2B : les créneaux qui génèrent vraiment des ouvertures

En bref : Les données d’EmailScope, basées sur plus de 97 000 campagnes B2B françaises, bousculent les idées reçues : les meilleurs taux d’ouverture ne se situent pas le matin, mais en fin d’après-midi. Le mardi 10h, recommandé partout, n’est pas forcément votre meilleur allié. Voici comment exploiter les vrais créneaux performants.

Le mardi 10h, vraiment ? Ce que disent les données françaises

Tapez « meilleure heure pour envoyer un email B2B » sur Google. Vous tomberez sur une dizaine d’articles qui recommandent tous la même chose : le mardi, entre 9h et 11h. Cette recommandation circule depuis des années. HubSpot, Mailchimp et à peu près tous les EPS ( éditeurs de solutions d’envoi d’email) du marché la reprennent.

Le problème, c’est que ces chiffres proviennent majoritairement de données américaines ou anglo-saxonnes. Et quand on regarde ce qui se passe réellement sur le marché français, le tableau est sensiblement différent.

Le baromètre EmailScope, qui agrège les performances de plus de 97 000 campagnes B2B envoyées par 946 entreprises françaises (soit 1,7 milliard d’emails analysés), livre des résultats qui contredisent le consensus habituel.

Premier constat : les jours de la semaine se valent presque. Du lundi au vendredi, les performances oscillent entre 15 et 16%. Pas de pic marqué le mardi. Le week-end décroche un peu, autour de 13 à 14,5%, ce qui n’a rien de surprenant.

Jours d'ouverture emailing Emailscope

Deuxième constat, plus intéressant : les créneaux horaires les plus performants ne sont pas ceux qu’on attend. Le mardi à 10h affiche un taux d’ouverture de 22,7%. Correct, mais loin d’être le meilleur score. Le mercredi à 16h monte à 28,2%. Le vendredi à 18h culmine à 31,6%.

Les données internationales ne sont pas complètement hors sujet pour autant. GetResponse, qui a analysé 4 milliards d’emails en 2024, confirme que 21% des ouvertures surviennent dans la première heure après l’envoi. HubSpot note que 47,9% des marketeurs B2B obtiennent leurs meilleurs résultats entre 9h et 12h. Mais ces moyennes globales masquent des réalités locales très différentes.

Pourquoi les créneaux d’après-midi surpassent le matin

Les chiffres EmailScope montrent une progression constante au fil de la journée : environ 21% de taux d’ouverture à 8h, 22% à 10h, 24% à 14h, 27% à 16h, et jusqu’à 31% à 18h. La tendance est nette. Les écarts restent de quelques points d’un créneau à l’autre, mais la tendance est sans ambiguïté.

Heures d'ouverture emailing Emailscope

Comment expliquer ce phénomène ? Plusieurs facteurs jouent simultanément.

Le matin, entre 8h et 10h, la boîte de réception déborde. Tous les emails programmés la veille au soir ou tôt le matin s’y accumulent. Le réflexe du destinataire est de trier vite : il supprime ce qui ne l’intéresse pas, traite ce qui est urgent, et remet le reste à plus tard. Votre email de prospection se retrouve noyé dans cette purge matinale.

En fin d’après-midi, la dynamique change. La pression des tâches urgentes retombe. Le professionnel prend un moment pour traiter les emails qu’il avait mis de côté, ou pour consulter ceux qui arrivent à ce moment-là dans une boîte moins encombrée.

Il y a aussi l’effet de saturation collective. Si tous les expéditeurs suivent le même conseil et concentrent leurs envois le mardi matin, ce créneau devient mécaniquement le plus concurrentiel. Votre message se retrouve en compétition avec des dizaines d’autres sollicitations.

Attention cependant à ne pas tirer de conclusions trop hâtives. Ces moyennes cachent des disparités selon les profils de destinataires. Un cadre dirigeant qui passe sa journée en réunion consultera ses emails en fin de journée. Un artisan qui travaille sur le terrain toute la journée fera de même, mais pour des raisons différentes : c’est une fois le chantier terminé qu’il prend le temps de regarder ses messages. À l’inverse, un responsable marketing installé à son bureau dès 8h30 traitera peut-être ses emails avec plus d’attention en début de matinée.

L’écart entre le matin et la fin d’après-midi existe, les données le confirment. Mais il se compte en points de pourcentage, pas en ordre de grandeur très représentatif. Le vrai enseignement, c’est que le créneau matinal n’est pas systématiquement le meilleur. Contrairement à ce qu’on lit partout.

Le télétravail a redistribué les cartes

Avant 2020, les habitudes de consultation des emails professionnels étaient relativement prévisibles. Arrivée au bureau, ouverture d’Outlook, traitement du courrier. Les créneaux 9h-11h et 14h-16h concentraient l’essentiel de l’engagement.

Le télétravail a brouillé ce schéma. Aujourd’hui, 75% des entreprises fonctionnent en mode hybride. En France, la moyenne tourne autour de 1,7 jour de télétravail par semaine. Ce changement a des conséquences directes sur la manière dont les professionnels consultent leurs emails.

Quand on est en télétravail, la séparation entre les horaires de travail et vie privée devient plus floue. Selon une étude relayée par Gallup en 2025, 81% des télétravailleurs consultent leurs emails professionnels en dehors des horaires de bureau. Certains commencent dès 7h, d’autres prolongent jusqu’à 19h ou 20h.

Ce qui en ressort, c’est un élargissement de la fenêtre de consultation. Les jours de télétravail, le pic matinal est moins marqué. Pas de trajet, pas de rituel d’installation au bureau. En revanche, des créneaux qui n’existaient quasiment pas avant gagnent en pertinence : le début de matinée avant 8h, et surtout la fin d’après-midi entre 17h et 19h.

D’ailleurs, les données EmailScope corroborent cette tendance. Les créneaux de 18h affichent systématiquement les meilleurs scores, quel que soit le jour de la semaine. Le lundi à 18h atteint 31%, le mercredi 29,8%, le vendredi 31,6%. Ce n’est probablement pas un hasard si ces horaires coïncident avec le moment où beaucoup de professionnels, libérés de la pression de la journée, prennent le temps de traiter leur boîte.

La consultation mobile joue aussi un rôle. Selon Litmus, plus de 41% des ouvertures d’emails se font sur smartphone. En fin de journée, le professionnel scrolle ses emails d’un œil plus disponible qu’à 9h du matin devant sa to-do list.

Des statistiques fiables, condition préalable pour bien décider

Optimiser ses créneaux d’envoi suppose un prérequis que beaucoup négligent : disposer de statistiques qui reflètent la réalité. Ce n’est pas toujours le cas.

Le premier problème vient des robots. Les filtres de sécurité des messageries d’entreprise (Barracuda, Proofpoint, Microsoft Defender) scannent les emails entrants et cliquent automatiquement sur les liens pour vérifier qu’ils ne sont pas malveillants. Résultat : votre tableau de bord affiche des ouvertures et des clics qui n’ont jamais eu lieu. Sur certaines campagnes B2B, les robots cliqueurs et fausses ouvertures peuvent représenter une part significative des interactions enregistrées.

Si vous analysez vos créneaux d’envoi sans filtrer ces faux signaux, vous optimisez sur la base de données polluées. Vous risquez de croire qu’un créneau fonctionne mieux alors que c’est simplement celui où les robots sont plus actifs.

Ediware intègre un filtre optionnel qui permet d’exclure les ouvertures et clics générés par des robots. Cela change parfois radicalement la lecture des performances d’une campagne. Un taux d’ouverture qui paraissait excellent peut se révéler bien plus modeste une fois les interactions artificielles retirées.

Le second problème concerne Apple Mail Privacy Protection, déployé depuis iOS 15. Cette fonctionnalité pré-charge les images des emails, ce qui génère une « ouverture » fictive même si le destinataire n’a jamais lu le message. Apple Mail représente plus de la moitié des ouvertures d’email au niveau mondial selon Litmus. Autant dire que le taux d’ouverture brut est devenu un indicateur de moins en moins fiable.

La conséquence pratique : pour comparer vos créneaux d’envoi, fiez-vous davantage au taux de clic qu’au taux d’ouverture. Le clic est un geste volontaire, difficile à simuler. C’est lui qui vous dira vraiment si votre email a été lu et a suscité de l’intérêt.

Comment trouver VOS meilleurs créneaux : l’approche itérative

Les données EmailScope fournissent un excellent point de départ. Elles indiquent des tendances générales sur le marché B2B français. Mais votre audience a ses propres habitudes, et le seul moyen de les identifier, c’est de procéder par itération.

La démarche est simple. Commencez par choisir un créneau basé sur les données sectorielles disponibles. EmailScope permet d’ailleurs de filtrer par secteur d’activité parmi 36 catégories B2B, ce qui affine déjà considérablement le point de départ.

Envoyez votre première campagne sur ce créneau. Notez les résultats : taux de clic (pas seulement le taux d’ouverture, on l’a vu), taux de réponse si c’est de la prospection, et éventuellement les conversions. À la campagne suivante, décalez le créneau de deux ou trois heures. Comparez. Puis testez un jour différent.

L’erreur fréquente est de vouloir tout changer en même temps. Modifiez une seule variable à la fois. Si vous changez simultanément l’heure d’envoi, l’objet et le contenu, vous ne saurez jamais ce qui a produit l’effet observé.

Au bout de cinq à dix campagnes, des tendances se dessinent. Peut-être que votre cible d’artisans du bâtiment ouvre davantage le soir, après le chantier. Peut-être que vos prospects dans le secteur financier réagissent mieux le mercredi matin. Ces enseignements valent plus que n’importe quelle statistique générale.

N’oubliez pas non plus la saisonnalité. Les habitudes de consultation changent pendant les vacances scolaires, les ponts de mai, la période entre Noël et le Jour de l’An. Ce qui fonctionne en octobre ne fonctionnera pas forcément en août.

L’objectif n’est pas de trouver LE créneau parfait une bonne fois pour toutes. C’est de construire progressivement une connaissance fine de votre audience, campagne après campagne.